J’ai besoin de bouger.
J’ai décidé de perdre du poids, de me remettre en forme. La journée est belle, je décide d’aller
marcher au Parc régional de la Rivière-Du-Nord à St-Jérôme. Je vais aller brûler des calories!
Ce panneau me fait sourire.
Le message s’adresse à moi, c'est évident. J’ai
quasiment envie de lui répondre merci. J’entreprends
le sentier d’un pas ferme et décidé. Et
un, deux, trois, et un, deux, trois.
Quelques minutes plus tard, je fais un minuscule arrêt devant cet autre panneau.
Tout plein d'informations qui me semblent intéressantes, mais pas le temps de le lire, je le prends en
photo et je repars aussitôt d’un pas ferme et décidé. Un, deux, trois. Je veux maigrir!
Ce panneau et le livre de Sarah Allegro que j’ai reçu en
cadeau hier m’inspirent une nouvelle idée.
Ce livre est le journal de bord d’une chercheuse de joie. L’auteure répertorie chaque jour, pendant 365
jours, au moins une petite joie du quotidien.
J’aime l’idée et j'admire sa discipline. J'étais absente quand elle a été distribuée. Je pourrais écrire
chaque jour ce que j’ai appris sur la forêt et ça pourrait justement commencer par Le Bec Cerclé.
Tout en marchant d’un pas toujours aussi ferme et toujours
aussi décidé, j’ai commencé à réfléchir au texte, à la pile de papiers à trier,
à ma carte de crédit dangereusement gonflée, à la porte à réparer, au bois à
rentrer,...
Et là, sans que je comprenne pourquoi, je me suis tourné la
cheville et j’ai fait un vol plané par en avant. J’ai tout juste eu le temps de swigner mon
appareil photo en arrière et de mettre mes deux mains devant pour me garantir
puis je suis tombée. Les mains et les
genoux ont amorti le choc, mais c’est tout le corps qui a suivi. Je me suis relevée assez rapidement à l’aide
de l’orgueil. Je ne comprenais pas ce
qui venait de m’arriver. Il n’y avait ni
roche, ni racine pour justifier que je m’enfarge ainsi. De plus, j’ai un excellent sens de l’équilibre. J’ai
enlevé les feuilles, les aiguilles de pin, le gravier et la poussière qui m’avaient
sauté dessus alors que j’étais par terre et je suis repartie… d’un pas ferme et
décidé, bien sûr.
C’était sûrement un signe, une jambette que m’avait fait la
Vie pour me dire de ralentir un peu. J’étais
passé près d’une rivière que je n’avais même pas regardée. C’est triste de ne pas être regardé. J’ai déposé ma main sur le dossier d’un banc et j’ai pris
1/3 de seconde pour la regarder. Bon, j'y ai pas déposé mes fesses, mais j'avais tout de même pris le temps d'arrêter.

Je suis repartie d’un pas presque aussi
décidé. Le presque étant une petite
crainte qui marchait maintenant avec moi.
S’il avait fallu que je me torde ou me brise la cheville! Une raideur s'était installée dans tous mes membres. Il y a longtemps que je n'avais pas eu les genoux écorchés. Mes souvenirs remontaient à plus de 40 ans quand ma mère désinfectait les bobos en y versant du peroxyde. Ça faisait des bulles, ça brûlait, mais ça désinfectait, paraît. Après venait la teinture d'iode ou le mercurochrome. Vous avez connu ça? Ça nous faisait de belles taches rouges orangées indiquant qu'on avait survécu à une grosse blessure. À défaut de soigner, ça attirait la compassion des adultes et l'admiration des amis.
J’ai essayé de regarder la nature, les pins géants qui
touchaient presque les nuages, mais j’étais trop dans mes pensées et trop dans la performance. La même que je venais de dénoncer le matin
même. Avais-je rencontré des
gens? Avais-je vu des animaux? Je sais pas.
Soudain, j’arrive face à face avec ce panneau.
C'était comme un clin d'oeil. Ça m’a fait sourire. J’ai ralenti un peu le pas. Puis il y a eu un deuxième et un troisième
panneau identique. Décidément... étrange coïncidence. Si la Vie m’avait fait
une jambette et que maintenant Elle écrivait, trois fois plutôt qu'une, en majuscule, je devrais
peut-être écouter. Je sais par expérience que les
signes vont habituellement en s’amplifiant.
J’ai soudainement eu peur qu’à la prochaine étape je reçoive un arbre sur la tête ou un
ours en pleine face.
J’avais vu très peu de cette Nature au milieu de laquelle je
marchais, mais ce petit mot attaché à un arbre, lui, je l’ai bien remarqué.
J’ignorais à qui il s’adressait, qui était ce CLG, mais je l’ai
pris personnel. J’ai fait
demi-tour. Après tout, il y avait déjà plus
d’une heure que je marchais d'un bon pas.
J’ai essayé de ralentir.
J’ai arrêté pour regarder un petit mésange batifoler dans les
broussailles, un écureuil noir sauter de branche en
branche. J’ai même déposé mes fesses sur
une bûche, ici devant ce feu durant plus d’une seconde. Peut-être même une minute entière avant de repartir.
Au loin, j’ai vu une dame, debout devant les chutes. Je l’ai observée un
moment. Même si elle était loin, je pouvais sentir qu'elle dégageait quelque chose de
très serein. J'ai osé la prendre en photo.


J’ai eu envie de m’approcher. J’ai marché dans sa direction et elle est
venue à ma rencontre. Elle n'était pas vêtue comme le sont les marcheurs habituels, elle portait une
grande cape bleue. Elle avait une longue chevelure et des yeux d’un bleu
perçant. « Vous êtes tellement
belle! », lui ais-je dit spontanément en la croisant.
« C’est un bel endroit ici.
Il y a une énergie spéciale, on n’a pas besoin de rien faire, juste d’être
ici, on se débarrasse de ce qui est superflu.» me répondit-elle. « Je vous souhaite une belle journée »
enchaîna-t-elle aussitôt en continuant sa route. J'étais sous le choc. Pourquoi m'avoir dit ça justement là, aujourd'hui? Est-ce que la Vie (Dieu) m'avait fait une jambette, avait écrit en lettres rouges et comme je ne comprenais toujours pas, Elle s'était présentée en personne? J'aurais aimé lui parler davantage, mais elle s'éloignait déjà. Je n'ai pas insisté.
Sa voix
était aussi douce que son pas. Je suis restée un instant à regarder à mon tour la chute et quand je
me suis retournée, elle n’était plus là.
Je ne l’ai pas revue, mais je me sentais maintenant enveloppée du calme et de la sérénité qu'elle dégageait.
J’ai continué de marcher, non plus d’un pas ferme et décidé,
mais plutôt d’un pas lent, en harmonie avec ce qui m’entourait. J’étais passé de la performance à la
gratitude.
Un Bec Cerclé est venu à ma rencontre. C'était la première fois que j'en voyais à cet endroit.
Il s'est mis à danser dans les nuages. J'ai pris le temps de savourer ce moment.
J'étais heureuse de m'être arrêtée. Le spectacle que l'oiseau m'offrait était unique.
Voilà! Je voulais écrire sur ce que j’avais appris de la forêt, c’est
plutôt la forêt qui m’a appris sur moi.