En me rendant à l'épicerie
chercher de quoi faire le souper,
j'ai revu la femelle orignal dont je vous avais parlé
il y a quelques jours.
Elle n'était pas tout à fait au même endroit.
J'étais à environ 30 pieds (un peu plus de 9m) de la bête.
Je ne désirais pas m'en approcher plus,
pas question de la déranger.
C'est aussi, je dois l'avouer, parce que j'avais un peu la trouille.
Elle était plus près du chemin et cette fois
aucun marais ne nous séparait.
Pas question de la "caller".
J'étais seule avec elle.
Je lui parlais doucement,
je prenais des photos
je faisais des vidéos.
Une auto s'est arrêtée.
Eille! Tu photographies quoi?
me crie un homme en sortant la tête de son auto.
Ce "Eille!" ne me plaisait pas du tout.
Un orignal, que je lui répondit tout bas,
pour, de un, ne pas effrayer la bête et
de deux, lui signifier de faire moins de bruit.
Où ça? Où ça? demande-t-il sans baisser le ton.
Juste là, devant moi, que je murmure.
Cool! dit-il en débarquant de son auto et en claquant la porte.
Je peux m'approcher? dit-il en se dirigeant vers la bête.
C'est mieux pas.
Je peux m'approcher?
C'est un bébé? C'est une femelle?
Je vais lui faire peur pour qu'il s'en retourne dans le bois,
ajoute-t-il en sautillant partout et en se dirigeant vers elle.
C'est dangereux? Je peux m'approcher?
Ce n'était pas de l'enthousiasme,
c'était un manque total de respect.
Il m'énervait royalement.
C'est très dangereux. Il va te charger,
peut-être même te piétiner, te défigurer,
lui répondis-je pour le décourager.
Avec un air déçu il est reparti vers son auto.
Il a embarqué et...
il a klaxonné plusieurs coups.
Biiiiiiiip Biiiip Bi Bipppppppp Biiiiiiiiip
Avoir eu ma baguette de fée,
je lui en aurais volontiers asséné un coups derrière la tête.
Je me suis retrouvée de nouveau toute seule
avec l'orignal. On est restée là, à se regarder.
Je trouvais qu'elle avait l'air fatiguée.
Je trouvais qu'elle avait l'air fatiguée.
Un autre jeune homme est arrivé.
Mignon, sympathique, avec un beau teint,
celui d'un gars qui travaille ou joue souvent dehors.
C'est pas normal qu'elle soit toujours là,
chuchota-t-il en arrivant près de moi.
Ça fait des jours qu'elle traîne ici, elle est malade.
Elle est malade?
Regardez son poil et ses pattes,
je crois qu'elle est pleine de tiques
et que maintenant elle a quelque chose au cerveau, ajoute-t-il.
Je croyais que ce poil était parce qu'elle était vieille, lui dis-je.
Non, c'est une femelle de 2 ans.
Il avait l'air de s'y connaître.
Il avait un super appareil photo,
mais il a réalisé que ses piles étaient mortes.
Je vais m'approcher, dit-il en s'avançant vers elle.
J'ai ensuite compris qu'il voulait la photographier
avec son cellulaire.
J'étais découragée.
Pourquoi ce besoin de s'approcher toujours un peu plus?
Pourquoi ne pas juste la laisser tranquille?
Elle peut te charger tu crois?
C'est possible, répond-il en continuant d'avancer.
Il avançait doucement, un pas à la fois.
Il "callait" la bête tout doucement aussi.
Des petits sons discrets, à peine audibles.
J'écoutais son call qui n'avait strictement rien à voir
avec celui que j'avais improvisé quelques jours plus tôt.
C'étaient des sons courts,
j'entendais presque...de la tendresse.
Il avançait de plus en plus,
toujours très très doucement.
À un moment, l'orignal s'est secoué la tête.
J'ai compris que ça signifiait
qu'elle n'appréciait plus cette proximité.
Qu'il était maintenant trop près.
Je l'ai bien vu, je l'ai compris.
Le jeune homme aussi.
Il a fait un pas en arrière, puis un autre
et il est revenu lentement sur le bord de la route.
J'étais heureuse de sa réaction.
J'ai pris des photos, je peux te les envoyer, lui ai-je dit.
Quel est ton nom? "Hunter" a-t-il répondu.
(Hunter en français c'est... chasseur)
C'était tout de même curieux qu'entre les deux hommes
c'était le chasseur le plus respectueux,
et avec moi et avec la bête.
Salutations Hunter!















