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jeudi 25 novembre 2010

L'impact caché de nos actions

On devrait déclarer la Terre en faillite et repartir sous un autre nom, m'avait dit un jour une amie.

Il y a trop de souffrance, trop d'injustices: les abus sur les enfants, la violence faite aux femmes, le viol, l'esclavage, la pauvreté, l'exclusion, les mal-aimés, les sans-abris, les épidémies, la planète qui se détériore, les ressources qui s'envolent et j'en passe !


Ça n'en finit plus ! Pendant ce temps, mon sentiment d'impuissance lui, grandit. À quoi ça sert de donner 3 cannes de soupe pour les paniers de Noël ? Qu'est-ce que ça va changer pour la planète si de temps à autre j'achète local et bio ? Quelle différence ça fera pour la population haïtienne si je ne gaspille pas l'eau potable mise à ma disposition ?

Rien, absolument rien, me rétorque mon saboteur.

Ça donne juste envie de se coucher en p'tite boule et de pleurer, mais ça non plus ça ne changera pas ces situations.

Il y a quelques jours, j'étais à déprimer sur ces réflexions - car bien sûr, pas le droit d'être heureuse quand il y a tant de misères dans le monde - quand j'ai lu sur facebook: "Nous ne pouvons ignorer notre pouvoir de changer les choses. Si un simple battement d'ailes d'un papillon peut influencer le "premier domino " d'une réaction en chaîne alors, nous ne pouvons douter que chacune de nos actions agissent sur le grand échiquier de la vie."


Et là, la lumière fut. Si un battement d'ailes fait une différence alors aucun geste que je pourrai poser ne sera sans impact. Je sais que ce n'est pas parce que je donnerai un sac de denrées à la Guignolée que je réglerai la faim dans le monde, surtout pas à moi toute seule bien sûr, sauf que... parfois un tout petit geste peut changer l'univers de quelqu'un qui a son tour pourra changer l'univers de quelqu'un d'autre, ainsi de suite.

C'est une pensée utopique, me répète mon saboteur, du déjà vu, du déjà lu, du déjà su. Un petit geste ne change rien, la misère est trop grande, qu'il ajoute.

Il allait réussir à me replonger dans mon découragement quand... un vieux souvenir a soudainement refait surface.

Il y a quelques années de cela, j’ai dû me rendre à l’hôpital pour un important problème de santé. J’étais en très piteux état. Je conduisais le cœur gros, je savais qu’on allait me passer au bistouri, m'enlever une masse de la taille d'un ballon de football. Je me sentais seule au monde à ce moment. Pas que je ne sois pas bien entourée, c'est simplement qu'ayant dû ne compter que sur moi pour survivre à mon enfance, je n'ai pas développé le réflexe de demander de l'aide. Je n'avais mis personne au courant.

Je me rendais donc seule à l'hôpital et j'étais d'une tristesse incroyable. Je ne savais pas si j'en ressortirais ou pas. Je me sentais vraiment seule au monde. J'avais l'impression de traverser un long tunnel sans lumière au bout.

À mi-chemin, je suis passée devant une vieille maison de bois et un couple assis sur le balcon m'a saluée chaleureusement, me sortant ainsi brutalement de ma léthargie. Comme si ce petit signe de la main et leur sourire radieux m'avait tiré de mon état d'apitoiement. Ils ont apporté une lumière dans ce sombre tunnel.


Je n'étais plus seule. C’était quasiment magique, mon énergie a changé en une fraction de seconde. Je me sentais le cœur léger. C'était pourtant un geste bien anodin mais il a changé le cours de ma journée, il a fait une grande différence pour moi ce jour là.

Durant près d’un an j’ai souvent pensé à ce couple. Quand j’en parlais, je les appelais mes grands-parents adoptifs... mais eux n'en savaient rien, bien sûr.

Un matin de septembre, j'ai ressenti un élan du cœur. Quelque chose de plus fort que moi. J'ai sorti un joli panier d’osier, j’y ai déposé, sur un carré de tissu brodé, les plus belles tomates de mon jardin. « Je vais les porter à mes grands-parents » que j'ai annoncé à la Fée du lac.


J'avais réalisé qu'aucun geste n'est anodin, je voulais qu'ils le sachent.

Je me sentais fébrile, je voulais leur dire tout le bien que leur simple geste m’avait fait ce jour.

J’arrive à la porte, je frappe. Le monsieur vient m’ouvrir.

« Bonjour! que je lui dit d'une voix pleine de légèreté. Voici un cadeau pour vous! » que j'ajoute en faisant mon plus beau sourire.
« C’est pour quoi ? » qu’il me répond
« Pour manger… »
« Mais pourquoi m’offrez-vous ce cadeau » insiste-t-il

« Vous savez » que je lui dit « un jour que je…. » et là je sens que mes larmes se mettent à monter. Je grimace. Je ne veut pas pleurer. J'enchaîne... « un jour où je ne filais pas… » là, les sanglots montent sans que je puisse rien contrôler... «je suis passée devant votre maison…»...le monsieur m’interromps « Est-ce que ça va? Vous êtes malade? Vous avez besoin d’aide? » C'était trop, vu auriez du voir le torrent. Plus capable de parler. Je pleurais, je pleurais et pleurait encore. Je pleurais une tristesse qui venait de très très loin.


La dame arrive à la porte. «Qu’est-ce qui se passe? » demande-t-elle inquiète. J’essais, j’essais d’expliquer mais je pleure comme une madeleine dans le cadre de porte de purs inconnus avec mon p’tit panier de tomates sous le bras. J'ai la face en grimace, le mascara qui coule... j’aurais voulu pitcher le crime de panier et me sauver en courant.

Ils m’ont fait entrer, j'ai fini par me calmer et je leur ai expliqué. Pour eux leur geste était bien banal, puisque depuis des années, ils envoient la main à chaque voiture qui passe, pour moi il a fait la différence. On ignore souvent toutes la portée de nos actions.


D'autres souvenirs se bousculent maintenant la première place... là fois où un 2$ a changé la vie d'une dame (faudra que je vous raconte ça un jour), la fois où un regard a changé la mienne, la fois où un mot gentils a redonné confiance, la fois où une soupe a fait la différence, la fois où un geste de reconnaissance à apaisé un coeur, la fois où... Des tonnes d'exemples me viennent en tête et je suis certaine que vous en avez vous aussi.

Le petit saboteur peut retourner dormir!

Finalement, aucun geste n'est anodin... je le savais, je l'avais simplement oublié.


Bon maintenant...qu'est-ce que je pourrais bien faire aujourd'hui pour faire la différence dans la vie de quelqu'un ?